Interview Hervé Daniel, directeur de Créativ, Centre Européen Entreprises Innovation.

Quel est votre rôle au sein de Créativ et Crisalide Eco Activités ?

Je suis le directeur de Créativ, Centre Européen Entreprises Innovation (CEEI) labélisé par l’Europe.

DANIEL Hervé - N&B (PRINT HD)

 

 

Créée en 1993, Créativ est un acteur des transitions et conseille les PME bretonnes pour dans leurs stratégies de développement et leurs projets innovants. Nous accompagnons aussi le développement de projets territoriaux innovants.

 

 

L’approche de Créativ est celle de l’innovation globale et vise à accélérer le développement économique des entreprises et des territoires en intégrant les grandes transitions au cœur des stratégies :

  • La transition écologique et énergétique,
  • La transition des mobilités,
  • La transition numérique (en rentrant par les usages et non pas par les technologies),
  • La transition industrielle en intégrant les technologies de l’industrie du futur et en déployant de nouveaux business model serviciels grâce aux technologies de l’IoT .

Pour chacune de ces transitions nous déclinons un programme Crisalide (Crisalide Eco Activités, Crisalide Industries et Crisalide Numérique) qui comporte un volet sensibilisation, un appel à projets et un accompagnement des porteurs de projets ainsi que des programmes de sensibilisation d’appels à projets.

Au-delà de mes fonctions de management d’une équipe de 10 personnes, je m’implique fortement dans ces projets de développement économique sur les volets stratégiques, économiques et industriels.

http://ceei-creativ.asso.fr/

http://www.crisalide-innovation.org/

Quel a été votre parcours professionnel ?

Mon parcours en une phrase : Un universitaire qui s’est égaré avec beaucoup de bonheur dans l’industrie productive !

Après des études techniques et technologiques puis l’obtention d’une thèse de chimie organique, j’ai intégré le secteur de l’industrie automobile au sein du groupe PSA en travaillant sur le management de la qualité et la maîtrise des processus complexes de production.

J’ai ensuite exercé dans le métier du conseil auprès des grandes entreprises industrielles, plus précisément sur l’amélioration de la performance (qualité et productivité). Depuis maintenant quinze ans, j’accompagne les PME dans le développement de stratégies d’innovation globale pour leur permettre de se développer et de se diversifier en s’adaptant aux évolutions des marchés.

Depuis 10 ans, j’ai développé une expertise spécifique dans le domaine de l’économie verte et je suis expert national des projets de green business (Président de jury Clean Tech Open France, animateur national des éco master class, …)

 

Pouvez-vous expliquer les activités de Crisalide Eco Activités ?

Depuis 2008, le dispositif Crisalide Éco-activités, organisé par Créativ, vise à stimuler significativement la croissance verte sur nos territoires pour réussir à la fois la transition économique, énergétique et écologique des entreprises et des territoires.

Nous accompagnons les porteurs de projets et les jeunes entreprises dans leurs stratégies de développement. Ces entreprises sont porteuses d’avenir et génèrent des emplois. Il faut les soutenir et les mettre en valeur car elles sont exemplaires et nous démontrent qu’il est possible d’imaginer des solutions plus respectueuses de la planète sans être plus chères que les solutions conventionnelles.

En 10 ans Crisalide Eco Activités a expertisé plus de 800 projets qui ont générés plus de 9000 emplois dans l’Ouest de la France.

 

Considérez-vous que les termes développement durable et business vont de pairs ?

Tout dépend de ce que l’on met sous le terme développement durable.

En effet, vis-à-vis des éco enjeux plusieurs approches complémentaires sont possibles :

La première, l’approche historique, s’attache à gérer les problématiques environnementales liées au développement de l’activité humaine et économique telles que la gestion des déchets, la maîtrise de la qualité de l’eau, de l’air et de l’environnement. Cette approche historique est cadrée par la réglementation et la législation et induit un modèle économique qui a permis de faire émerger de grandes entreprises spécialisées.

La deuxième, l’approche managériale, vise à structurer un modèle de management et une stratégie globale d’entreprise autour de la responsabilité sociétale d’entreprise et les trois piliers du développement durable : l’économique, le sociétal et l’environnemental. Elle vise à questionner l’entreprise et à répondre à la question : comment construire et développer un projet d’entreprise avec une approche globale plus managériale ?

La troisième approche vise à intégrer les enjeux environnementaux au cœur de la stratégie en transformant les contraintes actuelles et à venir en opportunité de développement. C’est l’approche « green business » qui a pour but de générer de la valeur avec une approche innovante pour ne pas reporter sur les clients le coût des contraintes.

Les trois approches ne s’opposent pas et peuvent être combinées.

Le parti pris de Crisalide Eco Activités, est d’accompagner les projets innovant qui répondent aux défis de la pénurie programmée de matières premières et d’énergie, au déploiement opérationnel des politiques de lutte contre les gaz à effet de serre, à la cohabitation avec notre capital naturel, à la préservation de notre santé et à la demande des consommateurs. Nous travaillons exclusivement avec la troisième approche.

Pour répondre de façon claire, je n’oppose pas l’écologie et l’économie mais force est de constater que nous n’avançons pas assez vite en France et que nous perdons beaucoup de temps dans des querelles stériles et dans la protection d’intérêts court-termistes. Certains acteurs ne veulent que des solutions parfaites même si elle ne sont pas vendables. Nous avons collectivement fait des excès et des erreurs, nous avons à gérer une grande transition et il nous faut imaginer des solutions intelligentes à un prix acceptable et donc déployable à une large échelle. Plus globalement nous devons faire une véritable percée dans notre attitude : l’innovation permet et nous permettra de développer des solutions respectueuses de la planète à un coût acceptable.

 

L’association de la révolution numérique et de la transition verte vous semble-t-elle pertinente ? Voir nécessaire ?

Indispensable. Les nouvelles technologies digitales (l’IoT et l’Intelligence Artificielle) permettent de capter et d’analyser de grands flux de données et donc d’optimiser la modélisation et le pilotage des processus existants à un coût bientôt marginal.

Attention, la technologie pure ne sera pas efficiente ; c’est la combinaison de ces technologies avec l’optimisation des interfaces homme machines et les approches sociologiques de management du changement qui nous permettront de faire de véritables progrès.

 

Au sein du bâtiment ?

Les bâtiments consomment 40% de l’énergie totale française et sont au cœur de la transition énergétique.

1er enjeu : développer une nouvelle approche organisationnelle pour réduire les coûts de construction et de rénovation.

L’adoption des nouvelles réglementations thermiques s’est traduite par une augmentation du coût de la construction car nous n’avons pas encore changé l’organisation globale de la construction.
D’une manière classique, on se fait succéder des corps d’état sur un chantier qui génèrent beaucoup d’interfaces entre les différents métiers et donc de pertes d’efficiences et de coûts de transaction.
Il nous faut développer une vision plus industrielle du bâtiment avec des approches modulaires et des fabrications en amont pour retrouver un coût économique acceptable tout en facilitant la vie des compagnons sur les chantiers. Cette approche devra être déployée sur le neuf mais surtout sur la rénovation des bâtiments.

2ème enjeu : rendre les bâtiments plus intelligents en intégrant la compréhension des activités des usages.

Un bâtiment ne doit pas être considéré comme uniquement un objet technique avec des murs, de l’isolation ou des automates.
La finalité d’un bâtiment, quelle que soit sa nature, est d’accueillir des activités. Le bâtiment n’a de sens que parce qu’il permet d’exercer des usages au sein de ses locaux dans de bonnes conditions : à l’abri de l’eau, avec une bonne lumière, en facilitant l’interaction entre les usagers, …

L’utilisation intelligente des technologies digitales doit nous permettre de progresser énormément si nous intégrons les enjeux d’usage : nous sommes passés de la GTB à la domotique, nous devons aller plus loin en intégrant l’interaction entre le pilotage technique et les usages et seules les technique de l’Intelligence Artificielle nous permettront de gérer cette complexité.

 

En conclusion ?

L’Europe et l’Etat ont bien compris les enjeux à court et à moyen terme du coût du réchauffement climatique qui va vite devenir insoutenable pour notre société. Les politiques de lutte contre les gaz à effet de serre agissent principalement sur la réglementation et la fiscalité mais ce sont des leviers extrêmement puissant et le Diesel Gate nous a montré que les filières entières sont dans l’obligation économique de changer de paradigme et donc d’innover non seulement d’un point de vue technologique mais aussi dans le développement de nouveaux usages : pour la filière automobile il ne s’agit pas uniquement d’électrifier des véhicules mais de muter vers l’industrie des mobilités.

Il en est et en sera de même pour le secteur de la construction, de la rénovation et de l’exploitation des bâtiments. Face à l’obligation d’amélioration de l’efficience énergétique des bâtiments, il faudra dépasser la stricte approche de la rénovation technique des bâtiments qui n’arrive pas à trouver une assiette de retour sur investissement suffisamment rapide. L’approche doit être plus globale et s’inscrire dans une approche d’optimisation globale du patrimoine en intégrant les nouveaux usages des bâtiments (coworking), la qualité de vie à l’intérieur (enjeu de la qualité de l’air intérieur) et l’interaction avec la smart city et les pratiques de mobilité.

Cette approche est celle développée à juste titre par Smartenon : la compréhension des usages à travers l’approche architecturale, le recours aux technologies digitales avancées pour croiser les données techniques et les données d’usage, le continuum de l’action entre les travaux de rénovations et l’optimisation de la performance en exploitation.

Elle permet de développer un modèle économique vertueux ou l’enjeu est d’améliorer la valeur d’usage et donc financière du patrimoine à travers une approche globale et en dépassant le strict cadre de la rénovation énergétique.

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